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Bolivie - Condoriri


de J, 19-07-2009

Sur la tete du Condor


Le lendemain Aurelia me quitte a 6h30 du matin pour prendre son avion direction Rurenabaque. Pour ma part, j´ai rendez vous a l´agence a 8h30, ce qui me laisse le temps de dejeuner avec Damien qui lui a opté finalement pour le volcan Sajama, situé non loin du parc de Lauca au Chili.
Arrivé a l´agence, je retrouve Pierre, et en compagnie de nos guides nous quittons La Paz direction le petit village de Tuni. Apres 1h30 de route et de piste, nous arrivons a Tuni ou des mules doivent prendre tout le material de camping, la nourriture, les equipements pour les 3 prochains jours. On déjeune sur le pouce et on part avec nos sacs a dos pour 3 heures de marche afin de rejoindre le camp de base. En chemin, on peut admirer la haute silhouette du Huayna Potosí que j´ai gravit 4 jours auparavant. Sans les nuages, il est vraiment majestueux.

Apres 3 heures de marche, on arrive sur les hauteurs d´un petit lac au pied du Condoriri. Nous sommes arrives a notre terrain de jeu… Au loin on apercoit la petite pointe du Pequinio Alpamayo qu´on grimpera demain. Le Condoriri m´impressionne particulierement car je ne vois pas par ou l´on va pouvoir monter. L´arrete somitale semble etre particulierement vertigineuse et je me dis qu´il faudra etre extremement vigilant au sommet. En chemin, on croise un couple de francais qui viennent juste de redescendre du Condoriri. Je ne peux m´empecher de leur poser la question du chemin et si c´est tres vertigineux au sommet. Ils m´apprennent qu´il y a en fait un petit couloir de neige qui permet de monter sur le rocher est d´acceder a l´arrete somitale. Le sommet est vertigineux effectivement avec une arrete et des pentes de 60 degres de chaque cote qui partent dans le vide…

Apres avoir installé nos tentes et diné a 18h, nous nous couchons pour une tres courte nuit. Il est 2 heures du matin quand ma montre reveil sonne. La nuit, j´ai eu un peu froid et j´ai pas tres bien dormi. Apres m´etre habillé et avoir un peu mangé, on quitte le camp de base a 3h30. Le chemin pour rejoindre le glacier est plat et prend une heure. On chausse les crampons, on s´encorde et nous voila partis pour le pic Tarija. On attaque directement par une pente tres raide. Il n´y a pas de chemin comme au Huyana Potosi et la pente raide n´en finit pas… Je regarde le ciel et a ma grande joie il n´y a pas de nuage. Aujourd´hui c´est sur je vais voir la Cordillere Royale. Apres 2 bonnes heures de montees assez raides et apres avoir passé quelques crevasses, on se retrouve etre accompagné de la lune qui eclaire l´espace dans lequel nous evoluons: les ombres des montagnes se dessinent dans la nuit, au dessus desquels on peut voir un ciel constellé d´étoiles et parfois transpercé par des etoiles fillantes. Le croissant de lune eclaire meme le long manteau blanc de glace qu´on vient de grimper. Dans le silence de la nuit, l´instant est magique. Je prend un enorme plaisir a marcher dans ces conditions meme si je n´oublie pas d´économiser au maximum mon energie car la route est encore longue.
Arrive a un replat, on fait une pause et l´on decouvre l´autre cote du glacier et le crépuscule qui commence a poindre. Peu a peu les montagnes apparaissent ainsi que la forte pente sur notre gauche.
Un peu avant je pouvais voir les frontales des autres cordees parties a l´assaut de cette derniere et je me disais alors que ca grimpait encore plus fort apres. Maintenant que le jour se leve, j´en ai la confirmation! On ne s´attarde pas car j´ai envie de voir le lever du soleil depuis le pic Tarija. La pente s´accentue fortement et apres une demi heure de marche, emjambé un crevasse on se retrouve sur un espace plat depuis lequel nous decouvrons l´arrete effilée du Pequinio Alpamayo.
5 minutes apres avoir grimpé encore un peu, on se retrouve sur un bout de rocher. On vient d´arriver sur le Pic Tarija a 5 200 M d´altitude. De la on admire d´un cote les montagnes environnante qui virent au rouge avec le levé du soleil et de l´autre la grande arrete du Pequinio Alpamayo.
Apres un pause d´un quart d´heure, il faut redescendre de 70 m environ dans la roche. L´exercice n´est pas tres facile car on a gardé nos crampons et on passe trés pres de couloirs vertigineux. Arrive en bas, on marche encore 5 min avant de se retrouver face au Pequinio alpamayo qui nous defit du haut de ses 300 M de pentes a 50 degres.
La montee est tres raide et longue. A ma droite, a moins de 50 cms de moi, j´ai le vide… et plus loin sur ma gauche… le vide! En levant la tete, je ne vois que le mur de neige qui se dresse et Ramiro qui parait tout droit sortit du ciel! L´effort est tres soutenu mais sans aucune appréhension je grimpe vers le sommet en prenant un enorme plaisir. En me retournant, j´apercois Pierre en contrebas qui grimpe aussi dans un ultime effort.

Au sommet, le paysage nous recompense de nos efforts et je peux enfin admirer la cordillere Royale qui s´étant a perte de vue. De l´autre cote, on voit le Huyana Potosi qui nous domine de quelques 600 M. J´ai une pensé pour les gens qui font son ascension aujourd´hui… ils doivent avoir une superbe vue aussi! En face on apercoit le Condoriri et le fameux couloir de neige qui nous fera grimper au sommet le lendemain.
La redescente de l´arrete se fait tranquillement. Par contre, la remontee sur le Pic Tarija a travers la roche fait un peu mal aux jambes. De la on se fait un pause café en admirant un guide d´une autre cordee monter seul la partie directe a 65 degres du Pequinio alpamayo en 13 min!!! Tout ca pour s´entrainer avant de redescendre avec sa cordee…Respect! En redescendant tout en bas du glacier on prend la mesure de la longueur du glacier et de la pente qu´on a grimpé. Apres 8h20 de marche, on retrouve le camp de base. On va pouvoir se reposer un peu l´apres midi car ce qui nous attend le lendemain nous semble encore plus dur…

Comme la veille, on se repose tout l´apres midi, on mange a 18h et on se couche a 19h. J´ai pas mal aux jambes mais je redoute le lendemain d´avoir un peu des courbatures… Cette fois-ci je dors avec ma grosse polaire pour ne pas avoir froid comme la veille. A minuit et demi, le reveil sonne. Je me leve sans trop de difficulté et m´habille aussitot. Je suis prêt mentalement a en découdre avec le Condoriri, qui j´en suis sur va me procurer beaucoup de plaisir. En fait le Pequinio Alpamayo s´est révélé etre un tres bon entrainement pour ce qui nous attend aujourd´hui.
A ma surprise, j´ai pas du tout mal aux jambes et je me sens bien. Ramiro et Sabino, le guide de Pierre ont eu du mal a se lever et j´attend patiemment dans le froid qu´ils preparent le petit dejeuner. Il est 2h20 quand nous quittons le camp. Comme a mon habitude je mets mon chrono en marche. Cette fois ci on attaque tout de suite les pentes a la sortie du camp de base. Le glacier c´est pas pour tout de suite. D´abord, il faut passer une barre rocheuse avant d´arriver au glacier qui est derriere. Le chemin de terre grimpe assez fortement et dans la pénombre nous prenons doucement de l´altitude. Le rythme est lent afin de preserver au maximum nos forces est de ne pas se mettre tout de suite en sur-régime. Apres 45 minutes de marches nous faisons une courte pause afin d´enlever des couches vestimentaires car on a chaud. Ramiro me demande si tout va bien ce que je lui confirme par un: “Muy bien, no problema”. Pierre a l´air aussi en forme. On continue a grimper jusqu´a arriver sur une petite crete avec en contrebas la fin du glacier. De la crete, on distingue un peu plus haut 3 autres frontales sur notre gauche. Des gens qui n´ont pas pris le bon chemin est qui se retrouvent a ne pas savoir ou aller… De nuit pas facile de se repeler, surtout sans guide.
La crete nous conduit au pied d´un pierriet. La nous faisons une pause et pendant que nos guides partent pour essayer de voir ou se trouve les 3 autres personnes, on en profite avec Pierre pour manger une barre de céréale afin de prendre des forces pour la suite. Le pierriet est raide et le chemin est assez glissant. J´essaie au maximum de ne pas glisser afin de m´economiser car a chaque glissade, il faut se rattraper ce qui fait qu´on s´essouffle tres vite. On progresse comme cela pendant une bonne heure et demi en se tenant parfois aux rochers des qu´on le peut. Au loin, on distingue les autres frontales des gens qui partent du camp. Enfin au bout de 2h30 de marche, on passe grace a un petit chemin les barres rocheuses et en 5 min on se retrouve au pied du glacier. Tout de suite la temperature baisse et un petit vent nous fait remettre nos écharpes et nos gants. Dans la pénombre, on distingue de plus pres l´imposant rocher du Condoriri que les boliviens appellent “la Cabeza del Condor”.
La premiere demi heure sur le glacier est assez facile car la pente est assez douce. De temps en temps, j´entends les plaques de glace qui cassent sous mes pieds… Pas de crainte car a cette endroit il n´y a pas de crevasse. Neanmoins le bruit est assez impressionnant. Le temps semble un peu plus couvert que la veille mais cela devrait etre peu nuageux pour le levé du jour. La pente s´accentue a nouveau en meme temps que le jour se leve. Apres plus d´une heure sur le glacier, nous faisons une pause juste en dessous du couloir de neige et de glace qui nous permet d´acceder au rocher. Le haut de la Cabeza del Condor n´est plus qu´a 100 metres au dessus de nous et Ramiro me dit qu´il nous faudra bien 1 heure pour y acceder. En attendant, on se repose et on profite des premiers rayons du soleil, lequel apparait au dessus d´une mer de nuage. Peu a peu, le ciel se teind de rose. J´admire une fois de plus le Huyana Potosi en face qui change de couleur. Au loin on voit aussi toutes les lumieres de l´Alto. C´est simplement magique.
Apres 10 bonnes minutes de pause, les choses serieuses commencent avec tout d´abord une pente de 60 degrés a grimper. C´est l´occasion de monter a l´aide des deux piolets et comme en danse, de s´exercer aux pointes! C´est jusqu´a présent la pente la plus raide que j´ai eu a grimper, et je m´apercois que plus c´est raide, plus j´aime ca! Ramiro prend plein de potos pendant que je monte. Enfin, je vais bientot monter sur l´arrete finale… Je ne suis pas plus stressé que ca, juste un peu d´apprehension quand meme…
Ramiro apres avoir securisé la corde et m´avoir dit de rester quelques instants la ou je me trouvais (au milieu du couloir de neige) escalade un petit mur étroit de glace a 90 degrés. La fin du couloir est a 30 metre au dessus de moi et il faut faire attention aux chutes de bout de glace qui tombent. Apres 5 min d´attente, c´est enfin a moi de monter. La tache est assez ardue car le mur est etroit et les pointes de mes crampons ont du mal a s´enfoncer dans la glace. J´arrive a me hisser tant bien que mal jusqu´à Ramiro qui me dit alors de m´assoir et de ne pas trop bouger, le temps pour lui de monter sur l´arrete et de securiser la corde un peu plus haut. Je me retrouve donc assis sur un passage étroit avec a ma droite, le couloir de neige de 70 metres et a ma gauche un beau précipice de plusieurs centaines de metres. En face je peux voir Ramiro escalader le debut de l´arrete finale composée de glace et de rochers. La roche du Condoriri est tres friable et donc assez glissante… En montant Ramiro glisse un peu et fait tomber des pierres que je vois descendre directement dans le vide. Heureusement, il n´y a personne en bas. Je me dis qu´il faut vraiment que je fasse attention en montant. Quand Ramiro me dit de monter, je respire un grand coup en posant mon pied a 20 cm du vide afin de grimper sur l´arrete finale: “allez, tu peux le faire…” Je me hisse doucement sur l´arrete qui au début est composée de pierres: Comme on monte sur de la roche avec les crampons, on a vite fait de glisser si on n´assure pas bien ses appuis. Pour compliquer la chose, il y a un peu de vent. Je me concentre a grimper et ne prete pas attention au vide qu´il y a de chaque cote. La corde qui m´assure est des plus tendue… Deux minutes plus tard, je suis content de retrouver un peu de glace dans laquelle je peux planter mon piolet et mes crampons. C´est beaucoup plus stable.
Ayant rejoint Ramiro, je m´entend lui dire avant qu´il ne remonte en premier “please, don´t fall…” . La moindre de chute de l´un de nous deux et c´est 100 metres plus bas directement! Apres avoir grimpé un gros bloc de pierre, on retrouve la glace ce qui me rassure. Dans la montee, je vois en contre bas un autre groupe tout en bas du couloir de neige. Ils doivent se dire en nous regardant qu´ils ne sont pas au bout de leur peine. Apres 10 minutes, la pente s´adoucit et je peux enfin savourer le plaisir d´arriver en haut du Condoriri, sur la tete du Condor. L´arrete somitale est assez sympathique avec 60 degrés de pentes de chaque cote qui partent chacune dans le vide.
La vue en haut est fantastique: on voit nos minuscules tentes du camp de base, la partie de l´Alto de La Paz, le lac Titicaca, le Huyana Potosí et l´arrete tres ésthétique du Pequinio Alpamayo, et bien sur toute la Cordillere Royale. La redescente de la Cabeza del Condor est tout aussi vertigineuse que la montée. C´est d´autant plus difficile qu´on doit croiser une cordée qui monte, ceux qui nous regardaient d´en bas un peu plus tot.
Arrivé en haut du couloir de neige, il faut descendre en rappel. L´exercice consiste a ne pas trop regarder en bas car on se met perpendiculaire a la pente et on descend le dos dans le vide… Bref apres un moment pour me lancer, je me retrouve vite en bas a cote de Ramiro. La redescente du couloir de neige se fait sans probleme. Il faut quand meme faire attention a quelques chutes de pierres, dont une qui est passée a moins d´un metre de mort a une allure fulgurante. La redescente jusqu´en bas du glacier est une simple formalité, sauf a un moment ou nous devons traverser une grosse crevasse. Mieux vaut ne pas s´attarder sur le pont de neige et de glace qui permette de la traverser. En redescendant, on admire la vue sur les montagnes environnant le Condoriri, et sur toute la vallee.
Ramiro me felicite en me disant que cette semaine j´ai été trés fort. C´est sur c´est pas toutes les semaines qu´on se fait un 6 000 et trois 5 000. Il me demande aussi si je ne veux pas faire guide de hautes montagnes… Surement, si a Paris il a avait les Alpes!
Au pied du glacier, on ne dechausse pas les crampons car c´est plus facile de redescendre le chemin de terre tres raide apres les barres rocheuses. Avec Pierre, on se dit que la redescente va nous faire tres mal aux jambes et que pour rejoindre le camp de base il va nous falloir une bonne heure et demi. En fait, toute la partie du pierriet qu´on a monté le matin amortit considérablement nos pas si bien qu´on se met a devaller la pente jusqu´a la base du pierriet. On se retrouve en un quart d´heure au pied de ce dernier, la ou nos guides étaient partis voir ou se trouvaient les gens perdus dans la nuit.
On continue ensuite la descente et nos guides prennent un chemin de petites pierres qui amortissent aussi considérablement nos pas. La encore, on se met a courrir et a devaller la pente. En moins de 2 heures nous sommes redescendus du Condoriri au camp de base.

A ce dernier nous attend une bolivienne avec ses anes afin de rammener tout l´équipement a Tuni. Comme on ne peut pas monter sur les anes, on marche encore deux bonnes heures a vive allure afin de rentrer a Tuni pas trop tard et parce que le temps est devenu menacant. Ramiro nous dit alors qu´il est en train de neiger fortement sur le Condoriri et que les ascensions ne seront pas possibles le lendemain. Heureusement qu´on l´a faite aujourd´hui!!! Arrivé a Tuni apres une journee de marche de 12h30, nous prenons un taxi qui nous rammene en 2 heures a La Paz. Comme pour le Huyana Potosí, c´est dur de retrouver la ville. Pour finir la journee, Pierre et moi invitons nos guides a prendre une bonne biere bien méritée.

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